Edi Dubien

HERstory

HERstory – des archives à l’heure des postféminismes
Chaque samedi des artistes répondent en direct à une série de questions posées par Julie Crenn et Pascal Lièvre.
Les interviews sont filmées et diffusées en live sur la page Facebook du centre d’art et archivées ensuite sur le site internet.
https://www.youtube.com/channel/UCMjxRJc2pYwpW6nX-wxgR8Q

Du 21 janvier au 19 mars 2017
Maison des arts de Malakoff

Vernissage samedi 21 janvier à partir de 18h

La maison des arts, centre d’art contemporain de Malakoff, présente du 21 janvier au 19 mars 2017, l’exposition HERstory – des archives à l’heure des postféministes, proposée par l’historienne d’art et commissaire d’exposition, Julie Crenn et l’artiste, Pascal Lièvre.

HERstory, définie comme une exposition d’archives, fait entendre les voix de féministes, hommes et femmes, du monde entier. Au total vingt-six vidéos, parmi lesquelles des extraits de conférences, des chansons ou encore des clips militants, récoltés sur internet. À l’étage, plus d’une centaine d’ouvrages transmis généreusement par des éditeurs désireux de participer au projet sont mis à la disposition du public. Ces livres rejoindront à l’issue de l’exposition, le fond d’ouvrages de la Médiathèque de Malakoff. Chaque samedi, les protagonistes de l’exposition Julie Crenn et Pascal Lièvre reçoivent et interviewent des artistes, hommes et femmes, au centre d’art, filmés et diffusés ensuite sur internet. Le public invité à assister aux prises de paroles, peut prendre part aux discussions et débats soulevés lors des rencontres. Ce projet, propose d’offrir une plateforme de recherche ouverte, visant à rendre sensible les différents courants de pensées liés aux féminismes, non comme une somme mais comme un « work in progress » en perpétuelle mutation.


Je considère comme féministe un homme ou une femme qui dit, oui, la question du genre telle qu’elle existe aujourd’hui pose problème et nous devons le régler, nous devons faire mieux. Tous autant que nous sommes, femmes et hommes.

Chimamanda Ngozi Adichie – We should all be feminists (2012)

Les postféminismes ont déconstruit le féminisme traditionnel qui ne parlait pas des femmes mais de la femme comme une entité spécifique ; il ne rendait pas comptent de la diversité des statuts et des orientations sexuelles des femmes et hommes transgenres et cisgenres et des personnes intersexes. Partout dans le monde, des féminismes s’affirment. Malgré l’accessibilité de leurs prises de paroles sur Internet leur portée n’est pas complètement effective parce qu’elles ne sont pas toutes traduites. La France accuse un retard considérable sur ces questions. Nous ne pouvons plus attendre. Si l’Histoire était repensée et réécrite selon ce point de vue inclusif, quels en seraient les récits ? Si l’Histoire de l’Art avait été considérée de manière égalitaire entre les artistes, peu importe leur genre, quels en seraient les récits ? Nous avons choisi de contourner l’Histoire (History) pour en proposer de nouveaux récits, de nouvelles voix et de nouvelles archives : HERstory. Nous, artiste et historienne de l’art, souhaitons nous engager pour rendre visible, faire circuler et archiver les paroles féministes. L’art, territoire supposément inventif, subversif et progressiste, connaît, comme le reste de la société, un retard impossible à négliger. HERstory est espace de réfléxion queer féministe, un espace de paroles, d’échanges et fabrication d’archives.

Un espace où s’entrecroisent les paroles d’hommes et de femmes cisgenres, transgenres et intersexes pour en finir avec la trop simpliste binarité de genres. En France, les résistances intellectuelles entravent les échos théoriques féministes et provoquent un retard depuis les années 1990. Le féminisme n’a pas bonne presse et les idées reçues perdurent : « on ne se maquille pas, on ne s’épile pas, on est toujours en colère, on a aucun sens de l’humour, on ne met pas de déodorant. » Grâce à Internet, les paroles et les écrits issus des différentes aires géographiques et culturelles sont accessibles, pourtant un problème de langage freine le développement théorique. HERstory se saisit de ce problème par un travail de traduction.

Au rez-de-chaussée du centre d’art, des écrans diffusent en permanence des extraits de conférences et de prises de paroles affirmant une pluralité des féminismes et une volonté de décloisonnement. Chandra Talpade Mohanty (Inde) évoque un féminisme transnational. Cordelia Fine (Canada) réfléchit à ce qu’elle nomme le neuroféminisme. Jessica Yee (Mohawk d’Akwesasne) nous parle d’une pensée féministe autochtone amérindienne. Ye Hayian, Ai Xiaoming et les Feminists Five nous informent de leur lutte pour leurs droits en Chine. Zahra Ali parle des enjeux du féminisme islamique en France et dans le monde. En créant la notion d’intersectionnalité, Kimberlé Williams Crenshaw pense de manière croisée les systèmes d’oppressions de classe, de race et de genre dans l’Amérique contemporaine.

Tous les discours sont traduits en français. À l’étage, les visiteurs ont accès à une bibliothèque féministe dont les ouvrages attestent d’une dynamique et d’un engagement critique global. À la fin de l’exposition, les ouvrages récoltés auprès des maisons d’édition seront confiés à la médiathèque de Malakoff, qui bénéficiera ainsi d’un fonds théorique dont les références proviendront des différents continents. Les vidéos et les livres invitent à élargir le cadre théorique des pensées féministes.

Au fil des jours, des femmes et des hommes artistes se joindront à nous pour discuter non seulement de leurs pratiques artistiques, mais aussi de leur position par rapport au féminisme. Les échanges seront filmés et diffusés sur Internet. La création d’archives est en cours. HERstory est une invitation à voir, écouter, lire, informer, découvrir, échanger, rencontrer, proposer, débattre, interroger et s’ouvrir aux pensées postféministes. Des pensées extrêmement foisonnantes, qui, de jour en jour, s’étendent, se contredisent, se pré- cisent et s’affinent. Des pensées qu’il est nécessaire de faire circuler pour générer une vision plurielle de nos sociétés.

Julie Crenn & Pascal Lièvre