Edi Dubien

textes critiques

EXPOSITION / voyage d’un animal sans mesure – Edi Dubien

21 septembre – 19 novembre 2017
vernissage
jeudi 21 septembre 2017 à 18h

Texte de Julie Crenn

If you ever get close to a human
And human behavior
Be ready, be ready to get confused
And me and my hereafter
There’s definitely, definitely, definitely no logic
To human behavior

Björk – Human Behaviour (Debut, 1993)

Les paroles de la chanson de Björk examinent le comportement humain du point de vue de l’Autre, celui de l’animal, du végétal, du minéral et de toutes autres manifestations du Vivant. Si vous vous approchez d’un humain, soyez prêts à la confusion, il n’y a définitivement aucune logique. Ce manque de logique, cette inclinaison à la confusion, au trouble, à la dérive, à la transformation, au mouvement, constituent les fondements de l’œuvre d’Edi Dubien. À travers ses peintures, dessins et installations, il nous livre sans concession son histoire : celui d’un individu qui a dû apprendre à apprivoiser son histoire, à se battre contre son corps et contre la société. Edi Dubien est né dans un corps à réparer et à reconstruire. Les extensions sont la matérialisation de la conscience d’un être envers son corps, la réalité du corps c’est la conscience.[1] Son œuvre accompagne son parcours, son histoire, pour en exprimer et en manifester la grande violence, mais aussi la détermination, le courage, la résistance et la beauté.

L’artiste s’est peu à peu construit un univers où le vivant, dans son ensemble, est mis en relation. La nature y est envisagée sans hiérarchie, sans catégorie, sans domination entre les êtres. Donna Haraway écrit : « Dans le pays légendaire appelé ʺOccidentʺ, la nature, aussi imprévisibles et contradictoires que puissent être ses manifestations, est depuis très longtemps l’opérateur clef des discours fondateurs. La nature est ce qui met en valeur la culture. C’est la zone de contraintes, de ce qui est donné, de la matière comme ressource ; la nature est la matière brute nécessaire pour l’action humaine, le champ de l’imposition du choix et le corollaire de l’esprit. La nature a également servi de modèle pour l’action humaine ; ou agir de manière non naturelle n’est en général pas considéré comme une chose saine, morale, légale, ni comme une bonne idée. »[2] La nature traverse et nourrit un imaginaire et une histoire dont l’artiste explore chaque étape. Se refusant à la traditionnelle opposition nature/culture, il s’inscrit pleinement dans le Vivant, au cœur d’un écosystème en perpétuelle évolution, d’un territoire en construction où la fixité des êtres et des choses est impossible. En ce sens, l’artiste fouille sans relâche le moment de l’enfance, les prémices du corps, de sa structuration et de sa performance. Si de manière traditionnelle, l’enfance est déterminée comme un moment idéal où l’innocence et insouciance sont reines, l’artiste échappe aux lieux communs en y injectant le trouble, la cruauté, la mélancolie, la peur et les fragilités. Enfant je n’avais pas le droit de pleurer, pleurer c’est la liberté et le départ de la rébellion. À l’image des dessins d’Henri Darger ou bien des céramiques de Françoise Pétrovitch, ses œuvres attestent d’un moment marqué par une dichotomie extrême où la férocité rencontre la poésie, l’innocence dialogue avec la violence. La vie et la mort s’y entrecroisent sans cesse, elles bataillent, se moquent, se mordent, s’embrassent et s’entrechoquent.

L’artiste convoque des ressorts poétiques, métaphoriques et symboliques pour traduire la violence et la complexité de son expérience personnelle. En échos aux œuvres de Frida Kahlo, d’Elke Krystufek, d’Ins A. Kromminga ou encore Grayson Perry, Edi Dubien formule une œuvre autobiographique dont la portée et l’engagement posent la question de la résistance où le politique (collectif) rejoint inévitablement le personnel (intime). L’autoportrait joue donc un rôle moteur au sein d’une cosmogonie où le récit du réel est combiné à une dimension étrange, surréelle et poétique. Ainsi, la chevelure du jeune garçon devient le motif surmontant un espace de projection où le visage de l’artiste est substitué à des scènes, des paysages, des symboles (une barque, une échelle, un arbre, un crâne, un costume d’homme, une maison), des jouets ou des animaux. Le visage absent laisse place à un imaginaire dense au sein duquel l’artiste se protège, se dévoile, se construit et se définit. Le visage absent est un aussi un espace où la fuite et l’échappée sont rendues possibles. Par là, il revisite et réinvente le récit de son enfance en représentant les étapes et les épreuves de son point de vue, celui d’un petit garçon étranger en son corps, victime d’une histoire déterminée par la violence. Au bout de mon doigt l’on peut trouver une pierre, un arbre, une possibilité d’exister.

L’entrelacement de la Nature et de l’enfance implique une réflexion sur le temps. Le refus de la fixité, du pouvoir et de l’autorité est éminemment présent dans ses choix stylistiques et ses gestes. Les images et les objets sont mus par la recherche et le mouvement. Les sujets échappent à une représentation pleine et révolue. Edi Dubien emploie des gestes arrêtés, rapides, brusques, il travaille les blancs, les réserves, les coulures. Tout ici est inachevé. Son style est mû par une énergie vitale, un besoin de vitesse, de renouvellement, de transformation. Conjointement à la vitalité de ses gestes, les sujets engagent une dualité où le temps, matière ambiguë, oscille entre la vie et la mort. L’artiste travaille ainsi la vanité, sujet classique et intemporel, posant la question de l’existence même. Les œuvres manifestent une violence : les corps sont fragmentés, inachevés, hybridés, fantomatiques. La notion du monstre est mise en lumière : celui ou celle qui se montre, qui fait part de son altérité, de sa différence, de son existence. Edi Dubien fouille la monstruosité strate par strate, de ses entrailles jusqu’au costume. De nombreuses œuvres traduisent le fait d’être un étranger à soi-même, la sortie et l’intolérance à soi et aux autres. Le monstre, la violence, les gestes brutaux, les relations convulsives entre les êtres proviennent de son histoire traumatisée. L’enfance d’Edi Dubien est marquée par la maltraitance, le harcèlement, les insultes, la honte et la peur. Le monstre n’est pas seulement « celui qui se montre », mais aussi celui qui ne protège pas, celui qui a ouvert des plaies indélébiles que l’artiste a du patiemment apprendre à soigner et à cicatriser. Les actes dévastateurs des biens pensants, le merveilleux est sous couvert de monstruosité. Les corps se défont douloureusement de liquides ou de matières superflues. L’évacuation est brutale, les corps vomissent, crachent, éructent des fluides qui émanent des différents membres et orifices. Les larmes figurées par des coulures d’un bleu profond donnent naissance à un lac, l’amorce d’un océan et d’un nouveau paysage. De la bouche du jeune garçon jaillit un liquide violemment projeté vers la gueule d’un chien ou vers un crâne humain. Ces fluides (ou végétaux) informent de la difficulté de communiquer avec l’Autre, ils constituent également des liens entre les êtres, entre les vivants et les morts, entre le passé et le présent.

La réflexion sur l’altérité et l’étranger l’amène à donner une représentation à la métamorphose, à la transformation, à la cohabitation des êtres et des paysages. « L’intrus m’expose excessivement. Il m’extrude, il m’exporte, il m’exproprie. ».[3] L’artiste doit reconquérir son propre corps : le définir, l’identifier, le réparer et le libérer. Un travail qui s’opère par le biais d’un apprivoisement de la figure animale qui est extrêmement présente dans son œuvre. Nous y rencontrons de manière récurrente des oiseaux, des chevaux, des chiens, des lièvres, les alter-ego de l’artiste. Il y a toujours une échappée dans mon travail, une échappée comme les fonds blancs, parfois je ferme les passages, je ne fais qu’un avec l’espace qui m’entoure. La quête de soi passe par l’identification, la transposition et la comparaison. Edi Dubien inscrit son corps dans ce travail d’observation et de compréhension du Vivant. Un territoire mouvant au sein duquel les corps mutent et s’hybrident : le tronc d’un arbre devient peu à peu la patte velue et griffue d’un chien ; un éléphanteau s’extrait d’une forme s’apparentant à un membre humain ou une pierre ; un rocher pointu est associé à un corps de chien. Dans le sillage d’œuvres comme celles de Javier Perez, Kiki Smith ou Giuseppe Penone, le Vivant est envisagé dans son ensemble : humain, végétal, animal, minéral, etc. Edi Dubien donne une représentation, une image sensible et physique à ce lien puissant qui unit les organismes vivants. Une mise en relation à la fois fascinante et troublante qui remet en cause l’anthropocentrisme. Tristan Garcia écrit : « On peut bien faire l’éloge des frontières, cet éloge sonne creux : lorsque la question devient de tracer concrètement ces frontières, il n’y a plus aucun fondement pour placer sous notre trait politique une ligne déjà inscrite dans l’espace naturel et social. Au terme du lent processus de décomposition de nos catégories classificatoires, aucune ligne inscrite dans la nature des choses n’est assez nette pour permettre de fonder absolument nos représentations : tout déborde, tout semble trop flou, dégradé, nuancé. Même la frontière de notre humanité n’est plus assurée. »[4]

Edi Dubien s’empare de l’image du fleuve pour parler de sa vie, de son corps et de son œuvre. Le fleuve est un élément naturel en mouvement, une course, un écosystème fluide, imprévisible, violent et rassurant. Un territoire dont la finitude est indéterminable, un corps qui performe à l’infini. En ce sens, la question du genre en tant que construction performative trouve un miroir pertinent avec son approche du Vivant. À travers ses peintures, dessins et installations, l’artiste met en formes et en images son histoire, son expérience, son corps. Au-delà de la dimension à la fois autobiographique et introspective, il traite de problématiques insuffisamment inscrites dans un imaginaire collectif encore trop formaté par les normes, les codes et les mesures. Edi Dubien nous livre les affres et les méandres de son histoire intime. Chacune de ses œuvres présente un corps qui traverse le temps. Un corps meurtri, fragmenté, augmenté, hybridé, violenté. Un corps muni d’une béquille, une longue branche d’arbre grâce à laquelle il prend appui. Un corps qui se tient debout. Un corps sans mesure, sans limites qui n’en finit pas de résister.

Notes /

[1] Avec ses mots, Edi Dubien s’est glissé dans le texte.

[2] HARAWAY, Donna. « La seconde sœur-OncomouseTM (1997) », in HACHE, Émilie. Écologie politique, cosmos, communautés, milieux. Paris : Editions Amsterdam, 2012.

[3] NANCY, Jean-Luc. L’Intrus. Paris : Galilée, 2000, p.42.

[4] GARCIA, Tristan. Nous. Paris : Grasset, 2017, p.185

EXPOSITION / voyage d’un animal sans mesure – Edi Dubien

21 septembre – 19 novembre 2017
vernissage
jeudi 21 septembre 2017 à 18h

https://crennjulie.com/2017/07/25/texte-exposition-voyage-dun-animal-sans-mesure-edi-dubien-maison-des-arts-centre-dart-contemporain-de-malakoff/

Julie Crenn


Edi Dubien, un artiste de l’effacement et de l’éclosion .
Claude Lévêque .


( Je n’ai plus peur de toi )

Le corps en construction anime l’excitation du nouveau corps en pleine transformation. Magnifier le corps comme un trésor, mais ne jamais avoir été l’autre corps, l’autre, le solitaire, l’autre, le battu à cause de l’autre, l’autre qui pourtant n’était pas lui. Renaître enfin à nouveau avec les autres. Une nouvelle croissance, l’innombrable lego du corps, s’attache et se détache de l’autre. Désir instinctif. Détruire l’autre à coup de défense, naissance d’un fantôme qui se construit en beauté réelle et futuriste, un nouveau monde, enfin avec le désir. La naissance d’un homme débarquant du futur, reconstruit de douleur et de cristal dans son laboratoire du passé. Fragile comme un animal, insoumis aux ordres et à l’autre qui ne souhaite s’ouvrir au futur. Se protéger ainsi de ses détracteurs et laisser place à l’autre qui l’aimera de toute sa modernité. L’artiste se cache et se montre, prouvant l’équilibre d’un paradoxe épanouissant en se fondant à l’autre d’un coup de baguette magique (en toute liberté). Edi décodifie les règles de la fatalité morale et nous transporte dans son monde ultra moderne, conte de rêve et de cauchemar. Un monde solitaire, parsemé d’un long chemin de cruauté. L’artiste les a dans la mémoire mais aujourd’hui il n’a plus peur d’eux. Edi renaît. Débarrassé de son passé incompris, fragile, solitaire, une chaise en attente ou alors pour l’autre, l’autre qu’il attend, l’autre depuis toujours, celui qui le protégeait quand il se cachait pour ne plus se trouver face à leur haine. Ses fantômes, les seuls bienveillants le faisaient réapparaitre dans le reflet de la mare bleu. Ce bleu confondu, transporte le corps, de celui qui s’en va et fait réapparaître l’autre. Couleur pastel, inverser les cieux pour tromper les codes. Transformer le monde. Etre là. Défier les règles de toute son évidence Attendre encore, mais pour mieux revivre, renaitre encore une autre fois, tout en étant l’autre, celui qui disparaît et laisse place à l’autre, l’autre qui s’échappe dans la mémoire, celui qui souffrait, disparaît peu à peu, celui qui subissait, le refoulement et la frustration de celui qui le persécutait. Edi tout en cristal. Ne plus avoir peur de l’autre. L’enfance, sa vie s’étire de lucidité en lucidité et le rendra encore plus libre que les autres, ceux qui ont essayé de le mettre à terre pour l’empêcher de renaitre à nouveau avec ses grandes ailes, déployant sa liberté au dessus d’un monde fermé à tout épanouissement de l’être humain en évolution, celle qui nous rend libre.

Texte écrit par Cora Maghnaoui ( Djedoui )
pour l’exposition
Je n’ai plus peur de toi
8 Avril 2016


L’exposition « Je n’ai plus peur de toi » nous plonge dans un monde onirique aux allures de conte, prenant parfois des airs de cauchemars, où les fantômes du passé de l’artiste se libèrent dans le geste créateur. Les lignes précises du dessin cohabitent avec un délicat pastel bleu ou rose qui se diffuse dans les toiles, ignorant les délimitations précises du crayon, criant leur liberté, et leur apaisement.

Le temps d’un vernissage, nous avons pu poser quelques questions à Edi Dubien :

Comment définiriez-vous votre univers ?

Un univers fait d’amour, d’oppositions, d’enfance, de chaos planétaire et de projections positives pour sauver le monde ou nous-même.

3 mots pour définir votre oeuvre ?

Dans mon travail il y a le mystère, l’espoir, une possibilité… J’aime faire des voeux d’amour.

Quelles références nourrissent votre univers ?

Je suis très sensible au travail de beaucoup d’artistes tels que Durer, Goya, Joseph Beuys, Chris Burden, Douglas Gordon, Vita Acconci, Penone, Gilberto Zorio, Enzo Cecchi, Luc Tuymans, etc.

Cette expo est la quatrième d’une série, en quoi consiste cette évolution ? Peut-on parler de cycle ?

Cette exposition est le quatrième volet d’une série dont les trois premiers opus s’intitulaient : I LOVE YOU EDI (2010) — LETTRE D’AMOUR À MOI-MÊME (2012) — RÉPARE-MOI (2014). Il est question dans ces trois premiers volets de montrer l’articulation et le parcours d’une reconnaissance personnelle. Le 4ème volet (JE N’AI PLUS PEUR DE TOI) en est l’aboutissement : le sujet fait face à ses peurs et se tient debout face au monde et aux dangers. Pour la suite, c’est la surprise… j’ai déjà commencé à travailler.
« JE N’AI PLUS PEUR DE TOI »
By : Arnaud Idelon | Date 23.04.2016


Edi Dominique Dubien,
le peintre de sa propre vie
par Jean-Luc Chalumeau (16/01/2014)

Version française

Il n’est pas indifférent que Edi Dominique Dubien, qui affirme avec force être « dans chacune de mes œuvres » ait repris La Chambre à Arles (la troisième version, celle qui se trouve au musée d’Orsay) dont on sait qu’elle constitue peut-être un autoportrait « en creux » de Van Gogh. Le peintre solitaire se serait allégorisé dans une pauvre chaise, dramatiquement présente dans cet extraordinaire jeu de couleurs complémentaires. Or Dubien a traité La Chambre en noir et blanc, seul le lit conservant sa célèbre tonalité jaune, et a ajouté à droite une robe sobrement dessinée en quasi transparence, partiellement bleue. On ne peut pas ne pas rapprocher ce tableau de 2012 d’un autre, réalisé l’année précédente sous le titre Cendrillon. Or on ne voit pas la malheureuse créature de Perrault, mais un Pinocchio à l’air triste menacé par une pluie de chaises, revêtu de la même robe bleue. Nous ne doutons pas qu’il s’agisse ici d’un subtil autoportrait par celui qui a écrit : « Ni les coups, ni la culpabilité que se traîne chaque enfant maltraité ne m’a empêché de créer et de faire ma transition, peut-être plus difficilement que d’autres. »

Edi Dominique Dubien n’a évidemment pas la prétention de se comparer à Van Gogh, mais tout se passe, dans l’ensemble de sa peinture où dominent les autoportraits, comme s’il avait compris que lui aussi pratique une écriture picturale de l’extrême, mettant au bord du vide le tracé des rapports du sujet à son absolu, à cette Chose inaccessible dont il arrache quelques signes. Dubien peint sa vie, non exempte de terribles souffrances comme celle de Van Gogh, il la peint non pas pour raconter mais pour se manifester, pour littéralement s’écrire comme sujet, et s’écrivant, apprendre à s’effacer et faire face à l’œuvre venant se placer entre lui et la Chose qu’il poursuit. Dans Baiser doux, son autoportrait de profil approche ses lèvres d’un crâne mortuaire : que ce tableau apparemment morbide ne nous conduise surtout pas à confondre l’effort pictural de Dubien avec on ne sait quelle expérience masochiste.

Simplement, comprenons que la puissance rare de ces peintures vient d’un « vouloir faire l’œuvre » s’apparentant à un « vouloir montrer sa détresse » qui effectivement se situe, comme chez Michaux ou Artaud par exemple, au bord d’un déséquilibre.
Au bord seulement. Car il y a l’art, qui le sauve. Mais plus intensément que d’autres, parce qu’il a plus souffert que d’autres ( « J’ai trop connu le refus parce que j’étais différent »), Edi Dominique Dubien rejoint dans sa démarche ce que Freud disait de la Mélancolie : toute création plonge l’artiste dans un état de « dépendance du Moi » dont la sublimation et la création sont les produits les plus évidents de la transformation d’une pulsion en quelque chose dont on pourra dire : c’est beau, c’est fort.

Oui, belle et forte apparaît l’œuvre d’Edi Dominique Dubien. « Mais à quel prix » murmurera l’amateur capable de lire les messages que l’artiste adresse au monde, comme des bouteilles à la mer. Les autoportraits du peintre dans son enfance ou tel qu’il se voit aujourd’hui s’additionnent selon des Suites évolutives, se multiplient dans une sorte de hâte angoissée. Comment ne pas revenir au Van Gogh acharné dans son entreprise forcenée de peindre encore et toujours : « Je cherche à saisir le passage désespérément rapide des choses dans la vie… » Là, décidément, se trouve l’une des clefs essentielles de la création plastique d’Edi Dominique Dubien qui nous déconcerte autant qu’elle nous attire.

http://www.visuelimage.com/verso/index.php

English version

The painter of his own life.

It is not insignificant that Edi Dominique Dubien, who forcefully asserts to be "in each of my works" has taken Bedroom in Arles (the third version, located at the Musée d’Orsay) considered as perhaps Van Gogh’s self-portrait “in blank”. The allegory of the solitary painter is the poor chair, dramatically presented in an extraordinary play of complementary colors. Here Dubien renders the bedroom in black and white, only the single bed retains its famous yellow tone, and added on the right is a dress, soberly drawn and almost transparent, painted partially blue. This painting from 2012 should be compared to ‘Cinderella’, painted the previous year. This time however instead of the unfortunate creature Perrault, we find a sad looking Pinocchio, wearing the same blue dress, threatened by a shower of chairs. There’s no doubt this is a subtle self-portrait.

Edi Dominique Dubien does not pretend to compare himself to Van Gogh, clearly, although everything occurring throughout the whole body of his work, where self-portraits prevail, is as if he understands that he too practices a form of pictorial writing in the extreme, that takes the relationship of subject to absolute to the limits of its inaccessibleness, and from which he can merely tear off a few signs. Dubien paints his life not exempt from terrible suffering as that of Van Gogh and not to ‘tell’ his story but to ‘manifest’ it, literally, as its ‘subject’ so through the work he learns to delete, or at least to confront, that which comes between him and the ‘self’ he pursues. In Soft Kiss, his profiled self-portrait approaches the lips of a death skull : that this apparently morbid picture especially does not lead us to confuse the pictorial effort of Dubien with whatever kind of masochistic experience.

Simply put, we should understand the rare potency of his painting comes from ‘a need to make work’, akin to ‘a need to show its distress’, which in fact just as it did for Michaux or Artaud for instance, lies at the edge of instability ; although only at the edge, because art saves him. Edi Dominique Dubien’s approach corresponds to what Freud said of melancholy : all creation plunges the artist into a state of ‘dependency of the Me’ among which sublimation and creativity are the most obvious products of an impulse transformed into something of which we can say : it’s beautiful, it’s strong.

Yes, the work of Edi Dominique Dubien appears beautiful and strong, "but at what cost ?" murmurs the amateur capable of reading the messages the artist speaks to the world, like bottles to the sea. The self-portraits of the artist, as a child or as he is today, belonging to his Evolution Series, add up and multiply in a sort of anxious haste. We come back again inevitably to Van Gogh’s perseverance in his maniacal pursuit : to paint forever and always.

"I seek to capture the rapidly shifting elements of life ..."

Herein lies the key essential to any interpretation of Edi Dominique Dubien’s work ; work that is as disconcerting as it is attractive.

http://www.visuelimage.com/verso/index.php

The painter of his own life.

It is not insignificant that Edi Dominique Dubien, who forcefully asserts to be "in each of my works" has taken Bedroom in Arles (the third version, located at the Musée d’Orsay) considered as perhaps Van Gogh’s self-portrait “in blank”. The allegory of the solitary painter is the poor chair, dramatically presented in an extraordinary play of complementary colors. Here Dubien renders the bedroom in black and white, only the single bed retains its famous yellow tone, and added on the right is a dress, soberly drawn and almost transparent, painted partially blue. This painting from 2012 should be compared to ‘Cinderella’, painted the previous year. This time however instead of the unfortunate creature Perrault, we find a sad looking Pinocchio, wearing the same blue dress, threatened by a shower of chairs. There’s no doubt this is a subtle self-portrait.

Edi Dominique Dubien does not pretend to compare himself to Van Gogh, clearly, although everything occurring throughout the whole body of his work, where self-portraits prevail, is as if he understands that he too practices a form of pictorial writing in the extreme, that takes the relationship of subject to absolute to the limits of its inaccessibleness, and from which he can merely tear off a few signs. Dubien paints his life not exempt from terrible suffering as that of Van Gogh and not to ‘tell’ his story but to ‘manifest’ it, literally, as its ‘subject’ so through the work he learns to delete, or at least to confront, that which comes between him and the ‘self’ he pursues. In Soft Kiss, his profiled self-portrait approaches the lips of a death skull : that this apparently morbid picture especially does not lead us to confuse the pictorial effort of Dubien with whatever kind of masochistic experience.

Simply put, we should understand the rare potency of his painting comes from ‘a need to make work’, akin to ‘a need to show its distress’, which in fact just as it did for Michaux or Artaud for instance, lies at the edge of instability ; although only at the edge, because art saves him. Edi Dominique Dubien’s approach corresponds to what Freud said of melancholy : all creation plunges the artist into a state of ‘dependency of the Me’ among which sublimation and creativity are the most obvious products of an impulse transformed into something of which we can say : it’s beautiful, it’s strong.

Yes, the work of Edi Dominique Dubien appears beautiful and strong, "but at what cost ?" murmurs the amateur capable of reading the messages the artist speaks to the world, like bottles to the sea. The self-portraits of the artist, as a child or as he is today, belonging to his Evolution Series, add up and multiply in a sort of anxious haste. We come back again inevitably to Van Gogh’s perseverance in his maniacal pursuit : to paint forever and always.

"I seek to capture the rapidly shifting elements of life ..."

Herein lies the key essential to any interpretation of Edi Dominique Dubien’s work ; work that is as disconcerting as it is attractive.